8 Décembre – Le Palais de la Paix comme allégorie de la communauté internationale

« Rien ne peut être fait dans la solitude ». Cette proclamation, rédigée sous la plume de Pablo Picasso, pourrait parfaitement être une retranscription au monde artistique de ce qui est défendu par certains en droit international : une nécessaire fraternité entre États. Cette fraternité semble avoir été consacrée dans le droit international positif à l’article 53 de la Convention de Vienne sur le droit des traités avec le concept de communauté internationale. Quiconque a été confronté audit concept s’est interrogé sur sa réalité. René-Jean Dupuy remarquait déjà en 1986 que la communauté internationale se situe entre le mythe et l’histoire. L’aventure pleine d’espoir que fut la construction du Palais de la Paix témoigne d’une volonté historique de donner une silhouette, ou du moins une allégorie, de cette communauté internationale.

Tout commence avec la conclusion des Conventions pour le règlement pacifique des conflits internationaux de 1899 et 1907 : en instituant la Cour Permanente d’Arbitrage (CPA), il est décidé de construire le Palais de la Paix à la Haye. L’élaboration du Palais qui accueillera, en plus de la CPA, la Cour permanente de justice Internationale ainsi que l’Académie de droit international, fera l’objet d’un appel d’offre international tranché par la Society of Architectures.

Après avoir retenu le projet de l’architecte Louis-Marie Cordonnier, il ne restait plus qu’à procéder à la construction. Tanja Aalberts et Sofia Stolk rapportent la proposition du Baron d’Estournelles, délégué français lors de la Seconde conférence de 1907 : l’ensemble des Etats participants doivent soutenir le projet en y contribuant matériellement ou symboliquement. L’idée ayant séduit l’assemblée, il est décidé « that each Government signatory to the Hague Convention may contribute to the erection of the Peace Palace by sending, upon agreement with the architect, materials for construction and decoration, and objects of art representing the purest specimens of its national production, in order that this Palace, the expression of universal good-will and hope, be constructed of the very substance of all countries ».

Si la pratique des cadeaux diplomatiques est bien connue, celle-ci s’est manifestée d’une façon particulièrement poétique dans ce projet : les dons étatiques font du Palais une sorte d’incarnation de cette communauté internationale. Parmi les plus célèbres, on retrouve ceux du Royaume-Uni, du Danemark, de la Pologne, du Pérou, de l’Allemagne ou encore de la Russie. A défaut de pouvoir nous rendre physiquement au Palais, tâchons de décrire quelques-unes de ces donations le temps d’une visite virtuelle.

La donation de l’initiateur de la première Conférence de 1899, le Tsar Nikolái Aleksándrovich Románov (Nicolás II), ne passe pas inaperçue quand on visite le Palais de la paix : il s’agit d’un vase d’environ 3 tonnes fait de jaspe vert avec des ornements en or représentant un aigle à deux têtes, symbole des armoiries de la famille Romanov.

On ne peut pas non plus ignorer les quatre vitraux qui ornent la salle d’audience de la Cour internationale de Justice, le Great Hall of Justice. Conçues par l’écossais Douglas Strachan, l’un des créateur de verrières les plus importants du XXe siècle, elles ont été données par l’actuel Royaume-Uni en 1914. Les quatre verrières représentent l’Evolution of the Peace Ideal, depuis l’âge primitif jusqu’à l’accomplissement de cet idéal au dernier vitrail.

Les trois premiers vitraux du Great Hall of Justice

Les puissances européennes n’ont pas été les seules à contribuer sous forme de donation à la construction du Palais – où serait la communauté internationale si tel était le cas ? Depuis la donation chilienne de 1914, Le spectre de la guerre hante les murs du Palais de la paix et rappelle l’importance du règlement pacifique des différends. Cette œuvre, commandée à la première femme sculptrice chilienne Rebeca Matte Bello, est d’une particulière violence en ce qu’elle met en scène l’abîme de la guerre et les ténèbres qui s’ensuivent.

Si la plupart des donations ont été effectuées au début du XXème siècle, au moment de l’appel à participation, la pratique n’est pas pour autant tombée en désuétude. La République de Corée a par exemple confiée en 2015 la statue d’un Haechi, symbole de la paix et de la justice.

La liste continue, et nous pourrions faire un calendrier de l’Avent entièrement dédié à ce sujet. La découverte du Palais de la paix est néanmoins une expérience à part entière que nous vous souhaitons de vivre au-delà de vos écrans.

Meritxell Castaño et Jean-Baptiste Dudant

Haechi de la République de Corée

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