18 décembre : Pierre de Coubertin et l’Olympisme, traiter la paix par le sport

Le 25 novembre 1892, lors d’une conférence chez notre chère voisine la Sorbonne, Pierre de Coubertin prononça un discours enflammé afin de raviver les feux qui brûlaient au sanctuaire d’Olympie, des siècles avant notre ère.

Toutes les quatre années, les hommes libres des cités grecques se retrouvaient pour s’affronter lors des jeux panhelléniques. Des messagers appelés spondophore se rendaient dans les cités pour annoncer la trêve sacrée, les conflits s’interrompaient et chacun se hâtait pour se rendre sur les différents sites des jeux : Olympie, Delphes, Némée ou l’Isthme de Corinthe.

Le sport était donc au cœur de cette civilisation antique, et avait un rapport à la guerre paradoxal : les jeux étaient à la fois source de paix, aussi éphémère fût-elle ; mais également un lieu de démonstration de force des gymnastes, physiquement et mentalement prêts à faire la guerre.

En 1892, Pierre de Coubertin regrette le peu d’engouement pour l’exercice physique. Les guerres successives semblent avoir assommé les hommes : « Oh ! le grand besoin de repos qu’eut la France après cette longue crise de vaillance, et mon Dieu ! comme on comprend bien qu’elle s’en soit allée jouer aux dominos au lieu de faire agir ses muscles lassés ». Il déplore qu’en France « les jeux de paume [soient] déserts ; on y échange des serments, mais on n’y joue plus ».

Pierre de Coubertin n’est pas bien tendre non plus avec les Anglais, il constate « une sorte d’amollissement qui pourrait bien être la préface de la décadence ».

En Allemagne, au contraire, la gymnastique se développe et prend l’allure « d’athlétisme militaire » dont les bienfaits sont « la paix extérieure et intérieure ». Et si la Suède est un pays si heureux et apaisé, c’est sans aucun doute grâce aux vertus de la gymnastique suédoise explique le baron de Coubertin, « Par la modération de ses mouvements elle convient aux enfants délicats comme aux vieillards. Par son caractère scientifique, elle est applicable aux malades ».

La paix par l’athlétisme, voilà la grande idée de Pierre de Coubertin qu’il ne considère pas si utopiste, contrairement au droit international :

« Il est évident que le télégraphe, les chemins de fer, le téléphone, la recherche passionnée de la science, les congrès, les expositions ont fait plus pour la paix que tous les traités et toutes les conventions diplomatiques. Eh bien j’ai espoir que l’athlétisme fera plus encore : ceux qui ont vu 30000 personnes courir sous la pluie assister à un match de football ne trouveront pas que j’exagère » (peut-être croyait-il à l’époque, en l’élégance du sport et de ses supporters dans la victoire comme dans la défaite, nous ne pouvons qu’imaginer la désillusion dans son regard s’il avait assisté à un match récent della Coppa Italia).

A la fin de son discours, Pierre de Coubertin révèle enfin « cette œuvre grandiose et bienfaisante : le rétablissement des Jeux Olympiques ». Quelques adaptations à l’ère moderne furent nécessaires, tout l’intérêt de rétablir de tels jeux était la dimension internationale, alors que les jeux antiques excluaient les « barbares ». Aussi, désormais, les athlètes devaient être vêtus.

Deux ans plus tard, en 1894, le Comité international des Jeux olympiques fut créé, aujourd’hui Comité international olympique (CIO), qui est une organisation internationale non gouvernementale assez curieuse, car régie par le droit privé suisse mais devenue sujet également du droit international par son interaction avec les Nations Unies. (Voir : F. Latty, « Le Statut juridique du Comité international olympique – Brève incursion dans les lois de la physique juridique » in Droit et Olympisme, dir. M. Maisonneuve, 2015).

Les Jeux olympiques réussissent pendant quelques semaines à réunir des peuples du monde entier autour du sport. Mais les tensions internationales ne sont pas pour autant oubliées, les Jeux ne sont pas déliés de la politique bien au contraire, les Etats les instrumentalisent. L’Allemagne nazie, hôte des Jeux en 1936, est un exemple flagrant : des tentatives de boycott ont échoué, et celle-ci s’est affirmée comme grande puissance sur la scène internationale.

Et si le CIO, organisation composée de personnes privées, semble mener une politique neutre (la Palestine, la Corée du Nord participent aux JO par exemple), ce n’est pas forcément le cas des Etats dénonçant des violations du droit international et les condamnant en refusant de participer aux Jeux. Lors des Jeux d’été de 1980 à Moscou, les Etats-Unis, la Chine, le Canada et tant d’autres décidèrent de ne pas participer en raison de l’intervention de l’URSS en Afghanistan. En 2008, était dénoncée la violation des droits humains, plus précisément la répression au Tibet par la Chine alors qu’elle accueillait les Jeux de l’été à Beijing, en revanche, seules des personnalités ont décidé de ne pas s’y rendre.

Les Jeux olympiques sont également devenus un terrain de sanctions pour le Conseil de sécurité des Nations Unies. Le comité des sanctions avait interdit, en 2016, l’envoi d’équipements sportifs à la Corée du Nord par le CIO, bien que celui-ci fût contre cette mesure (https://undocs.org/pdf?symbol=fr/S/2016/202).

Malgré les guerres et les tensions géopolitiques, Pierre de Coubertin a réussi son pari : Qui aurait cru qu’en 1892 cette grandiose idée, un brin fantaisiste, de restauration des jeux de l’Antiquité, rencontrerait un tel succès aujourd’hui ?

Rendez-vous à Tokyo cet été !

Clémence Billard

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