13 décembre : Étienne Clémentel : un marchand de paix à l’origine de la création de la Chambre de Commerce internationale

Les marchands de paix:  Étienne Clémentel, premier rang au centre

On ne peut séparer l’œuvre de l’artiste. L’œuvre en question est la Chambre de Commerce internationale (CCI) qui a célébré son 100e anniversaire l’an dernier, une institution clé qui s’est donnée la mission de « contribuer au progrès et au maintien de la paix en assurant des relations cordiales entre les nations et les citoyens des différents États » (Article 1(2) des Statuts de la CCI, 1920) dès sa création en 1919. Et les artistes à l’origine de sa fondation sont des industriels, commerçants, juristes et économistes qui aimaient s’appeler les marchands de paix.

La pérennité de l’organisation est due à sa capacité de résilience face aux défis émergeant des moments de crises tels que deux grandes guerres mondiales et des multiples chocs économiques et ceci grâce à l’idéalisme et le pragmatisme de ses fondateurs. C’est pourquoi nous nous sommes intéressés à celui qui est au centre de l’impulsion fondatrice: Étienne Clémentel, ancien ministre du commerce et de l’industrie (1915-1919), originaire du Clermont-Ferrand qui a été le premier président de la CCI et de la Cour d’arbitrage.

Buste d’Étienne Clémentel par Auguste Rodin (1916)

Né en 1864, Clémentel  est le précurseur de la création de nombreuses institutions comme les Banques Populaires, la CGPF (ancêtre du Medef), Crédit agricole… mais pas que! Ce grand technocrate du IIIe République est aussi à l’origine de la fondation du Musée Rodin (Rodin a été aussi un très bon ami de ce dernier qui l’avait désigné comme son exécuteur testamentaire). Avant de finir aux rangs politiques, Clémentel passe par l’École des beaux-arts de Clermont-Ferrand, d’où ses sensibilités artistiques et littéraires et ses amitiés avec des artistes comme Monet, Renoir, Mallarmé.

L’aspect polyvalent du personnage fait qu’il réussit à concilier des idées qui sont de prime abord inconciliables : muni d’une culture économique solide, il arrive à défendre une doctrine solidariste en faveur de l’interventionnisme étatique tout en argumentant la nécessité de l’initiative privée. Il argue que les ententes industrielles sont une nécessité économique mais qu’il faut faire en sorte qu’elles servent l’intérêt de la collectivité. Il reçoit le titre de « Père de l’Artisanat» alors que c’est aussi celui qui a crée la CGPF pour organiser le patronat français. Il a un idéalisme qui n’est pas déconnecté de la réalité politique et sociale. Le projet économique qu’il a porté pendant sa carrière politique consistait à adapter les structures économiques françaises à une économie mondialisée. Son engagement pour la création de la CCI s’inscrit aussi dans cette vision conciliatrice des intérêts divers comme la création d’un mécanisme de règlement des différends qui fait partie d’un agenda politique cohérent.

S’il a pu exercer une influence sur Jean Monnet qui a travaillé sous sa direction et qui va à son tour créer le projet européen afin de faire converger les intérêts des belligérants européens, les convictions de Clémentel peuvent nous éclairer sur l’embarras que crée des dichotomies actuelles de notre époque : entre le mondialisme économique sauvage et le protectionnisme aveugle, il y a peu être une marge de conciliation.

Idil Uzay Uzun

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