12 Décembre – L’œuvre de Per Krohg à la salle du Conseil de sécurité

Connaissez-vous Per Krohg ? Vous êtes sûrement déjà tombé sur une image de la salle du Conseil de sécurité dont un des murs est quasi-entièrement couvert par une muraille impressionnante (et intrigante ?) réalisée par ce peintre norvégien.

La salle du Conseil de sécurité, située dans le bâtiment des conférences des Nations Unies, avait été offerte à l’ONU par la Norvège en 1952. L’architecte Arnstein Arneberg souhaitait reproduire l’art norvégien et la culture de l’époque tout en assurant une certaine pérennité au lieu à travers un style assez neutre. Le choix de Krohg est très symbolique, ayant été capturé puis emprisonné par les nazis au lendemain de l’invasion allemande de la Norvège.

La fresque est assez représentative des idéaux promus dans le monde post 45, et on peut même dire qu’il s’agit d’une œuvre de propagande étasunienne. Sur le choix des couleurs, il y a une différence assez frappante entre la partie inférieure du tableau – très sombre – et la partie supérieure – beaucoup plus lumineuse – où l’on peut observer le bleu et le blanc, couleurs de l’ONU qui suggèrent la paix, le progrès et la vérité. Ces détails ont été voulus par Krohg qui avait lui même dit que « the essence of the idea is to give an impression of light, security and joy. The world we see in the foreground is collapsing, while the new world based on clarity and harmony can be built up ». Un numéro du « Courrier de l’UNESCO » datant de 1955 survole les thèmes abordés dans cette fresque :

« Au premier plan se trouve le monde que nous abandonnons, peint en tons sinistres. Le reste est en couleurs claires, vives. Le soldat, ayant pourfendu le dragon du mal, dépose son arme et pénètre aux Nations Unies. L’homme et la femme sur la gauche se dégagent des Abimes du désespoir et sur la droite, trois prisonniers : un blanc, un jaune et un noir sont libérés. L’Humanité se précipite vers le monde nouveau pour s’unir au Phénix. Tous se retrouvent la paume ouverte et les bras tendus. L’égalité est symbolisée par un groupe de personnages pesant du blé afin que chacun ait sa part égale ».

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Il y a là quelque chose d’assez archaïques et on se rend compte assez rapidement que ces iconographies sont d’une certaine manière les reliquats d’un mode révolu. Le style est même troublant puisqu’il ressemble de manière frappante à l’esthétique nazie par ses thèmes et techniques. Il suffit de lancer une petite recherche sur « l’art du IIIème Reich » pour observer les ressemblances. Le phénix partage la place centrale avec ce qui semble être une famille nucléaire et l’image parle d’elle-même sur ce point. L’œuvre est fortement imprégnée de christianisme, et on ne peut s’empêcher par exemple de voir en l’image du « soldat ayant pourfendu le dragon du mal » le combat de saint Michel contre le dragon. Le tout est assez « occidental » : on le retrouve dans le choix des personnages, des thèmes, du style, et, venant de la salle du Conseil de sécurité, c’est bien évidemment problématique.

Enfin, la paix de Krohg n’existe qu’en contraste avec la guerre. Cette image est probablement le fruit de ses traumas personnels mais elle est dépassée et quelque peu malsaine. Force est de constater que la muraille de Krohg est (tragiquement ?) à l’image du Conseil de sécurité : ils continuent à refléter ensemble un monde qui n’est plus.

Mira Hamad

Source : https://diplomatictimes.net/2018/11/23/u-n-security-council-chamber-still-the-most-important-room-in-the-world-with-norwegian-identity/

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